
Professeur émérite d’immunologie à l’Université de Lorraine, Gilbert Faure utilise Scoop.it depuis plus de dix ans pour organiser sa veille scientifique, enrichir ses enseignements et développer les compétences informationnelles de ses étudiants. Dans cet entretien, il revient sur l’évolution de ses pratiques, l’importance de la curation dans la recherche et le rôle essentiel de la veille pour former les futurs professionnels de santé face à la surabondance d’informations et à la désinformation.
Est-ce que vous pouvez m’en dire un peu plus sur vous et sur votre travail ?
Gilbert Faure : Je suis professeur émérite d’immunologie et je poursuis aujourd’hui différentes activités autour de la recherche, de l’accès à l’information et de l’éducation à l’information. J’utilise notamment Scoop.it comme outil de veille dans ces domaines.
Je suis actuellement rattaché à l’Université de Lorraine, au sein du laboratoire Crem (Centre de recherche sur les médiations), une importante structure de recherche qui travaille sur les questions liées à l’information, aux médias et aux réseaux sociaux.
Même si mon parcours est issu des sciences biologiques, le laboratoire s’inscrit davantage dans le champ des sciences humaines et sociales. Cette approche interdisciplinaire est particulièrement intéressante aujourd’hui, car les enjeux liés à l’information dépassent largement le seul cadre scientifique.
J’ai découvert Scoop.it il y a de nombreuses années grâce à une émission de radio au cours de laquelle Guillaume Decugis présentait l’outil ainsi que le concept de curation de contenus.
Avant cela, nous faisions déjà de la veille, mais de façon beaucoup plus artisanale : avec des articles imprimés, des photocopies et des classeurs. La démarche était finalement la même, mais Scoop.it a considérablement facilité et modernisé cette pratique grâce aux outils numériques et à la curation de contenus.
Pouvez-vous m’en dire plus sur vos veilles ?
Gilbert Faure : Mes veilles couvrent plusieurs thématiques.
La première concerne naturellement l’immunologie, avec différents sous-thèmes que j’anime parfois seul, parfois en collaboration avec d’autres chercheurs.
Nous avons également développé des sujets plus originaux, notamment autour de Nancy ainsi que de deux villes chinoises, Wuhan et Kunming. Ces veilles s’inscrivent dans le cadre des filières médicales francophones développées entre la France et la Chine, auxquelles l’Université de Lorraine participe activement.
Ces échanges concernent aussi bien les enseignants que les étudiants. J’ai donc créé des pages dédiées afin qu’ils puissent accéder à des informations sélectionnées avant leur départ, pendant leur séjour et à leur retour. Cela permet de maintenir le lien et de leur fournir des ressources adaptées à chaque étape.
Pendant la pandémie de Covid-19, ces espaces de veille se sont révélés particulièrement utiles. Ils ont permis de soutenir rapidement des dispositifs d’enseignement à distance et d’e-learning. On oublie parfois à quel point ces outils ont été précieux durant cette période, mais ils ont largement démontré leur intérêt.
L’un des points forts de Scoop.it est également son moteur de recherche, qui permet d’identifier des informations dans des domaines parfois peu couverts par la littérature scientifique classique. C’est notamment le cas de l’industrie pharmaceutique, des brevets ou encore de l’actualité du secteur.
J’ai longtemps collaboré avec un professionnel suisse de l’industrie pharmaceutique qui alimentait plusieurs de ces thématiques. Cette collaboration a beaucoup enrichi nos veilles.
Au-delà de la découverte de contenus, Scoop.it constitue pour moi une véritable archive documentaire. C’est un aspect auquel j’accorde énormément d’importance. L’outil permet non seulement de partager l’information, mais aussi de retrouver rapidement des ressources plusieurs années après leur publication.
C’est particulièrement précieux pour l’enseignement. Lorsqu’il faut actualiser un cours, il est beaucoup plus efficace de retrouver les articles que l’on a sélectionnés au fil du temps que de recommencer une recherche bibliographique complète. Même lorsque le sujet ne correspond pas directement à son propre domaine de recherche, on retrouve rapidement les éléments essentiels.
Je recommande d’ailleurs cette pratique aux étudiants, notamment en master ou en doctorat. Dans un contexte où l’information est abondante, il devient très difficile de retrouver un contenu que l’on a simplement aperçu quelques mois auparavant. Construire progressivement sa propre base documentaire constitue donc un véritable avantage.
Sur le plan pédagogique, Scoop.it est également un excellent support pour développer les compétences en littératie informationnelle et en éducation aux médias.
Depuis plusieurs années, nous l’utilisons avec des étudiants français et chinois afin de leur faire découvrir la veille, la littérature scientifique, mais aussi toute l’information non scientifique qui circule sur Internet. C’est une dimension essentielle pour de futurs médecins, car leurs patients sont quotidiennement exposés à une multitude d’informations, exactes ou erronées.
Dans cette continuité, je travaille également depuis plusieurs années sur les fake news, en particulier autour de la vaccination. Ce sujet est loin d’être clos, notamment aux États-Unis où il est devenu fortement politisé. Les réseaux sociaux diffusent une quantité considérable de désinformation.
Nous avons ainsi lancé un observatoire consacré à ces questions. Bien entendu, il est impossible d’être exhaustif, mais l’objectif est de pouvoir suivre, analyser et documenter ces phénomènes dans le temps.
Quel est l’avantage de la veille pour les étudiants en médecine ?
Gilbert Faure : La veille permet avant tout une prise de conscience de l’importance de l’information. Les étudiants en médecine sont finalement peu formés à ces questions, alors qu’elles sont devenues essentielles dans leur future pratique.
Concrètement, nous leur demandons de créer un compte Scoop.it sur un sujet de leur choix et d’animer leur veille pendant deux à trois mois. Ils sélectionnent eux-mêmes les informations, les suivent dans le temps et les actualisent régulièrement.
Cette approche repose sur l’apprentissage actif. Les étudiants construisent eux-mêmes leurs connaissances au lieu de recevoir uniquement un enseignement descendant. Ils apprécient beaucoup cette méthode, car elle leur permet d’explorer des sujets qui les intéressent personnellement.
Nous avons également constaté que cet exercice les aide à approfondir certains thèmes abordés dans leur cursus ou préparés pour les concours. Pour certains, cette première expérience de veille s’est même prolongée après leurs études : ils ont continué à développer leur thématique dans leur établissement ou dans leur activité professionnelle.
C’est un outil particulièrement puissant, qui permet d’apprendre autrement et de découvrir l’information de manière beaucoup plus interactive et stimulante.
Est-ce que votre audience est principalement constituée d’étudiants ou est-elle plus variée ?
Gilbert Faure : Elle est très variée.
Bien sûr, il y a les étudiants, mais aussi des particuliers, des organismes régionaux impliqués dans les politiques d’accès à l’information, ainsi que des bibliothécaires qui travaillent sur des problématiques proches des nôtres.
Ces échanges sont particulièrement enrichissants. J’encourage d’ailleurs les étudiants à découvrir les comptes d’autres curateurs qui s’intéressent aux mêmes sujets qu’eux. Cela leur permet d’identifier des experts, d’élargir leur réseau et parfois même de nouer des collaborations durables.
Au fil des années, nous avons également développé plusieurs veilles en mode collaboratif avec des co-curateurs, ce qui apporte une véritable richesse dans la sélection et l’analyse des contenus.
Quelle est votre fonctionnalité préférée sur Scoop.it, et pourquoi ?
Gilbert Faure : Les fonctionnalités de partage sont évidemment très utiles, mais celle que j’apprécie le plus est sans doute la recherche au sein de mes propres contenus.
Elle permet de retrouver facilement des articles publiés plusieurs années auparavant. On oublie rapidement tout ce que l’on partage au fil du temps, alors que certains contenus restent parfaitement pertinents, notamment dans le cadre de travaux de recherche.
Pendant la pandémie, par exemple, nous suivions depuis longtemps l’actualité de Wuhan dans le cadre de nos collaborations universitaires. Grâce à Scoop.it, nous avons pu retracer l’évolution de la ville tout au long de la crise sanitaire. Cette capacité à constituer une mémoire documentaire est extrêmement précieuse. Elle permet non seulement de suivre l’actualité, mais aussi d’analyser les évolutions avec le recul.
J’utilise également beaucoup la fonctionnalité Insight avec les étudiants. Je leur demande de rédiger un résumé ou un commentaire pour accompagner les articles qu’ils sélectionnent. Cet exercice développe leur capacité d’analyse, de synthèse et d’écriture, tout en les incitant à prendre du recul sur l’information qu’ils partagent.
Si vous deviez résumer votre expérience avec Scoop.it en quelques phrases, que diriez-vous ?
Gilbert Faure : Pour moi, Scoop.it répond à trois usages principaux.
Le premier est celui de la recherche scientifique. L’outil permet de rassembler, organiser et partager une documentation spécialisée. C’est, en quelque sorte, une bibliographie numérique enrichie, beaucoup plus dynamique que les méthodes traditionnelles.
J’y ai tout de suite vu un moyen très efficace de partager l’information au sein d’un laboratoire ou d’un groupe de recherche. À mes yeux, c’est l’une des grandes forces de l’outil : faciliter la circulation des connaissances entre collègues, à condition bien sûr que chacun accepte de partager son travail.
Le deuxième usage est la veille scientifique elle-même. Scoop.it permet de suivre efficacement l’évolution d’un domaine, mais aussi d’explorer des sujets connexes et de nourrir sa curiosité intellectuelle.
Enfin, le troisième usage, qui me tient particulièrement à cœur, est pédagogique. L’outil constitue un excellent support pour développer les compétences en littératie informationnelle et en éducation aux médias. C’est aujourd’hui un enjeu majeur, aussi bien pour les étudiants que pour les professionnels de santé, qui doivent évoluer dans un environnement où l’information est omniprésente et où il est essentiel d’apprendre à distinguer les sources fiables de celles qui ne le sont pas.